Les Confidences d'André

Nos vieux

Dans le fond d'un tunnel où le jour devient nuit,
Où la vie qui chancelle rampe sur ses genoux,
Où l'hiver se dégèle de ses cristaux d'azur,
Je les vois affaissés comme des ombres d'antan
Les vieux.

Le coeur en chrysanthème et la voix dénudée
Chevauchant tous ces rêves en eux cristallisés,
Ils regardent demain en ne parlant qu'hier
Et l'Automne s'accroche à leurs restes d'années.
Nos vieux.

Ils paraissent ailleurs en étant avec nous,
Voyant dans le soleil ce qu'eux seuls peuvent voir,
Parlant à des passants plongés dans le brouillard
De tout ce qui a fait notre histoire commune
Chers vieux.

On les distingue un peu dans un éclair ce ciel
Quand l'horizon se teinte de nos cieux vieillissants
Et qu'ils pleurent en nous les larmes d'un enfant
Qui ruissellent en mourant sur leurs songes d'hier
Pauvres vieux.

On peut les voir parfois au milieu des étoiles,
S'emparant de comètes venues d' éternité,
Asséchant leurs écailles de leurs doigts tout ridés
Et s'endormant enfin dans le lit d'une rose.
Ces vieux.

Je les revois encore assombrissant la pluie,
Faisant tousser un vent venu de nulle part,
De ce passé qu'eux seuls sont capables de voir
Et qui pourtant vit naître ce que nous sommes ici.
Mes vieux.

Et quand leurs mains sans ombre nous dessinent l'espoir,
Je les devine là où je ne puis les voir